"La Chansonnette"... Ce fut encore grâce à Madame Delalieu, qui accepta de faire saillir son Champion Imbo-Toutou avec
, que j'obtins ma première portée en 1979. Ce fut une expérience très riche en émotions, bonnes tout d'abord et dramatiques ensuite. Six superbes chiots naquirent de cette union dont un (le premier) malheureusement mort-né. Il en restait donc cinq bien vivants, mais les "délivres" du mort-né n'étaient pas jolis-jolis... Ma totale inexpérience en matière d'élevage m'a fait commettre l'irréparable : j'ai laissé Nadja se nettoyer, ce que je n'aurais jamais dû faire. Elle s'est infectée, l'infection est très vite passée dans le lait et trois des chiots sont morts rapidement. J'avais réussi à en sauver deux au biberon pendant 3 jours mais, là encore, j'ai fait une énorme bêtise en les remettant à têter... Et ces deux petites chiennes sont mortes elles aussi très peu de temps après. Ce fut une véritable catastrophe. De plus, je risquais en même temps de perdre ma chienne. J'ai donc pris le mors aux dents et suis allée chez mon vétérinaire qui a fait tout le nécessaire, à la fois pour nettoyer la chienne et enrayer l'infection. Il était grand temps.
J'ai lu très récemment le conseil que donnait une jeune éleveuse à quelqu'un qui débute : "Ne jamais être seul, avoir toujours un éleveur ou une éleveuse très expérimenté(e) pour dispenser son savoir-faire". Combien a-t-elle raison ! Et c'est aussi ce conseil-là que je donnerai si la question m'était posée. Et je leur dirai aussi que tout est loin d'être rose... Mais à l'époque, ce n'était pas si facile... En tout cas, je n'ai pas eu besoin de ressasser longtemps la question tant la réponse était évidente. J'ai appris la leçon et ne l'ai plus jamais oubliée.
Ce désastre aurait très sûrement découragé beaucoup de gens. Mais, lorsqu'on analyse un problème on trouve forcément la réponse qui doit rester ancrée dans sa mémoire jusqu'à la fin de sa vie. J'ai donc refait saillir Nadja par le même Imbo l'année d'après, en 1980. Mais avant, j'avais fait examiner ma chienne par un autre vétérinaire, spécialiste de la race, le Dr Gaudin qui l'a déclarée "apte au service". Elle fut tellement apte au service qu'elle n'a pas hésité une seule seconde à faire 9 chiots ! 3 mâles et 6 femelles. Tous en parfaite forme, mais je restais tout de même très inquiète à leur sujet bien que j'avais interdit à Nadja de se nettoyer, le faisant moi-même avec un désinfectant et en jetant systématiquement les délivres.
Finalement, cette portée fut une réussite totale. Et la plupart des propriétaires me donnaient régulièrement des nouvelles de leur(e) protégé(e). C'est ainsi, qu'une fois arrivés à l'âge de la confirmation, certains ont été engagés au Rassemblement du Club des Amateurs de Colley à Orléans en 1981, d'autres l'ont été en expositions. Tous ceux qui ont été présentés à la confirmation ont été confirmés avec au moins le qualificatif Très Bon si ce n'est Excellent. Ensuite... Nadja est devenue deux fois grand-mère : Roxane Blonde a fait 4 bébés avec Milord du Val d'Auxence et Reine-Charlotte Gold a elle-même fait 9 bébés avec le fameux Pen-Holder de Cabrenysset.
C'est l'année d'après cette portée, en 1981, que j'ai demandé et obtenu l'affixe Of Glenmorangie - du nom d'une très célèbre marque de scotch whisky, ce qui me semblait normal puisque le noble Colley est une race écossaise de chien de berger.
Puis, quelques années plus tard, j'ai acquis Abeille Black de Sabres, fille tricolore de Mybern's My Guy at Suespar et de Saltye Brune de Cabrenysset et soeur de portée d'Agéna Black de Sabres. Et ce fut un autre drame. Ensuite, il m'a fallu attendre 1988 pour me servir de mon affixe pour la première fois, avec une autre chienne - tricolore aussi -
. Fille des Élites A
et (elle-même fille d'Ultimate par Ulrika Nightingale of Fallaver Castle), elle fut elle-même titrée Lice Recommandée en 1990. Bélize eut donc sa première portée en 1988 avec le
. Six magnifiques chiots zibelines très charbonnés - 3 mâles et 3 femelles. Presque tous ont été présentés à la confirmation et ont été confirmés. Certains ont été sélectionnés en Régionale d'Élevage du Club et
fut titré Étalon Recommandé en 1991.
En 1989, Bélize fut mariée à l'Étalon Recommandé Vilburgh d'Ivoirie Field (fils du multi-Champion et Élite A Ardlyn's Mister Music "Danny" et de la Championne de France et Internationale Twiggy du Manoir de Neuve Land - elle-même fille de "Danny"). Cette union fut malheureusement une déception puisque Bélize est restée vide.
En 1990, Bélize eut une deuxième portée avec l'Étalon Recommandé
. De cette union je m'attendais à une mer caribéenne... Ce fut une marée noire ! Huit chiots : 6 tricolores et 2 blue merle, 1 femelle et 1 mâle (mort-né, qui plus est). Il resta donc 7 chiots dont la seule femelle blue que j'ai gardée et qui "répondait" au doux nom de Flower Girl Blue of Glenmorangie ("Flo" pour les intimes) et qui se révéla un vrai cauchemar... Mais ceci est une autre histoire. Cette portée me donna entière satisfaction. Sur les sept chiots, cinq ont été présentés à la confirmation à la Régionale d'Élevage du Club à La Queue-les-Yvelines en octobre 1991 dont trois ont été titrés 1er Choix. Mais avant cela, quatre de ces chiens présentés à cette Régionale avaient été engagés au Test d'Aptitude Naturelle sur Troupeau de moutons à Laval le 31 août 1991. Famous Night Rider of G., Flaming Black Jack of G., Fantastic Zorro of G. et Flower Girl Blue of G. réussirent toutes les épreuves et obtinrent "haut la patte" leur Carnet de Travail. C'était une grande première en France dans notre race, j'étais en quelque sorte une pionnière (même si jusque dans les années 60, le Colley était considéré comme une race de travail). Malheureusement, ce TAN-T n'a pas été officialisé sur le pédigrée respectif de ces chiens, cet "exercice" ayant été considéré à l'époque par le Club comme une initiative personnelle... Mais, tout compte fait, le plus important est que ces quatre chiens soient répertoriés à la Société Centrale Canine comme aptes au travail. Je dois dire à ce sujet que je suis très heureuse que les choses aient changé dans le bon sens ces dernières années concernant les épreuves de travail. J'ose croire que ma participation à ce Test a humblement contribué aux résultats que l'on connaît aujourdhui. Je dois aussi mentionner la cotation Excellent 3 points à la Nationale d'Élevage d'Orléans en 1992 de Famous Night Rider of G. et de Flaming Black Jack of G. Sans oublier que Flaming faisait aussi de l'Agility (pour le fun !).
De cette portée, Bélize fut trois fois grand-mère : par Famous Night Rider qui fit 5 bébés zibelines à une arrière-petite-fille d'Ardlyn's Mister Music, par Flower Girl Blue qui eut 2 bébés - 1 femelle zibeline et 1 mâle tricolore - avec l'Étalon Recommandé Effel d'Epidaure en 1995 et par Foxy Black Lady qui a eu 2 chiots (je ne connais pas le nom du papa).
Début 1991, Bélize fut cette fois mariée à l'Étalon Élite A Valour du Clos de Windmire, petit-fils d'Ardlyn's Mister Music par sa mère la Lice Élite A U.R.S.S. de la Sierra Maestra. Re-déception, Bélize est restée vide.
Fin 1991, Bélize fut mariée au Champion de France et International Dylan de la Ferme des Blés Dorés, lui aussi petit-fils d'Ardlyn's Mister Music par sa mère Cibelle Blonde du Clos des Centaures. RE-RE-VIDE...
Et enfin, en 1993 Bélize fut mariée à
, issu de la grande lignée Rokeby par sa mère et par sa grand-mère paternelle. Elle eut quatre petites chiennes dont 2 sont mortes très rapidement. Il resta donc Ile Rousse of Glenmorangie et Ioannina Propolis of Glenmorangie. Deux très jolies chiennes, bien dans le type, la classe Rokeby.
En 1992, ce fut au tour de Flower Girl Blue of G. d'être mariée. Comme sa mère Bélize était restée vide avec Dylan de la Ferme des Blés Dorés, j'obtins une saillie avec le mâle tricolore Coquin du Clos des Centaures, arrière-petit-fils d'Ardlyn's Mister Music. Et devinez quoi ?... Elles est restée VIDE ! Elle aussi. En 1994, je changeais de lignée et suis retournée vers les Rokeby via les Ronceval avec l'Étalon Recommandé
, mâle fauve charbonné. "Flo" est encore restée vide. J'y suis tout de même retournée en 1995 et cette fois j'ai eu droit à 5 chiots. Ou plutôt : 2 foetus, 1 superbe mâle tricolore mort-né, 1 femelle fauve charbonnée bien vivante et 1 autre mâle tricolore bien vivant lui aussi. Total : 2 chiots.
Suite à cette "série noire" de chiennes qui restaient vides et suite aussi à un mécontentement de la part d'une de mes toutes premières clientes qui soupçonnait sa chienne d'être stérile suite aux deux saillies faites avec un frère de portée de Vilburgh d'Ivoirie Field, je me suis sérieusement posée des questions. Comment des chiennes qui sont parfaitement capables de procréer restent vides avec certains mâles ?... Et comment se faisait-il aussi que des chiots meurent soit in-utero soit juste après la naissance ?
J'ai toujours fait examiner mes chiennes AVANT chaque saillie pour être sûre qu'elles soient en bonne santé générale et surtout qu'elles n'aient pas d'infections urinaires ou génitales. Précautions que j'estime devoir prendre non seulement pour le bien-être des chiennes mais aussi pour éviter aux mâles bien des désagréments voire des contaminations infectieuses qui peuvent aller jusqu'à les rendre stériles. Alors que s'était-il donc passé ?
Concernant les saillies restées vides, je me suis mise à étudier le pédigrée de chacun des mâles que j'avais utilisé. Il s'est avéré qu'ils étaient TOUS issus, de près ou de loin, du Champion Ardlyn's Mister Music et ce quelles que furent les origines des mères et des pères de ces mâles. Deuxième remarque : "Danny" était TOUJOURS présent dans la lignée maternelle de ces mâles, jamais dans les lignées paternelles. Chose pour le moins curieuse cependant : Famous Night Rider of G. - frère de portée de "Flo" - a réussi à faire 5 chiots à une chienne qui était une arrière-petite fille de "Danny". Bélize et ses filles auraient-elles donc été incompatibles avec "Danny" et pas les mâles issus de la lignée de Bélize ? J'aimerais avoir une réponse...
Le cas de Derek et d'Effel est différent. Bélize a eu 4 chiots de Derek, 2 sont mortes très peu de temps après la naissance. "Flo" est restée vide une première fois avec Effel (fils de Derek) mais a été prise la seconde fois avec ce même chien tout en sortant 2 foetus, apparemment normalement constitués au vu du stade de développement où ils s'étaient arrêtés. La seule explication plausible que j'ai eu à l'époque fut "gène létal". C'est-à-dire un gène incompatible avec la vie, même si l'individu est en apparence en tous points normal.
Comme je le disais plus haut, l'élevage n'est pas tout rose. Nous avons tous notre lot de déboires mais aussi, heureusement, de satisfactions. En ce qui me concerne, je crois avoir largement eu ma part de déboires pour un nombre aussi peu important de chiots produits en 16 années. Total général : 38 chiots; total de chiots vivants : 26 ! Heureusement, ces 26 chiots représentent tout de même une large majorité de ma production totale depuis 1979 jusqu'en 1995 et un bon nombre d'entre eux m'ont apporté beaucoup de joie non seulement par leurs succès en expositions mais aussi en épreuves de travail. Mais ma plus grande satisfaction est de voir mes clients parfaitement heureux avec le Colley qu'ils ont choisi et qui leur apporte entière satisfaction.
Et puis, bien sûr, il y a les expositions ! Toutes les sortes d'expositions officielles, les "petites" régionales, les internationales, les Baby Shows, les Régionales et Nationales d'élevage du Club... Là aussi il y eut quelques amertumes MAIS SURTOUT beaucoup de satisfactions, aussi bien pour moi-même que pour mes clients. ALORS...
Alors, c'est pour cela que je "remets le couvert", après une assez longue période de retrait, mais avec le Smooth Colley que je découvre jour après jour avec un réel enthousiasme. Je n'oublie pas le Rough pour autant ! En fait, je ne pense PAS qu'il faille OUBLIER les déboires. Mais il ne faut pas non plus rester collé dessus. À l'époque, j'avais mes Mentors. Il se sont retirés maintenant mais je crois qu'ils continuent de garder un oeil sur le Colley. Aujourd'hui, j'ai retrouvé quelques "vieilles" connaissances et je pense sincèrement que certains de la toute jeune génération pourront/sauront apporter leur contribution aussi positive que possible à la promotion du Smooth Colley en France et à la conservation de ses grandes qualités ("l'amélioration" visant seulement à éliminer les défauts...). Quand au Rough Colley, je sais qu'il y a quelques éleveurs qui font tout leur possible pour lui garder son TYPE, bien dans le standard.
Tous les espoirs sont donc permis surtout depuis l'ouverture des frontières intra-européennes qui facilitent grandement les échanges de sujets de qualité entre éleveurs ainsi que les saillies. Le but, je le crois, étant de travailler ensemble à la recherche du Colley "IDÉAL" :-)